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Lloyd Axworthy fixe une date pour la signature d'un traité concernant l'utilisation des mines terrestresCette initiative inopinée met les pays réticents au défi de se prononcer en faveur d'un calendrier visant à interdire l'utilisation des mines terrestres.Conférence d'Ottawa sur les mines terrestres, Rapport du Globe & mail : 96-10-07 par Murray Campbell OTTAWA -- Lloyd Axworthy, ministre des Affaires étrangères, n'a pas tenu compte des règles de la diplomatie et a lancé le défi aux autres pays de signer un traité interdisant l'utilisation des mines antipersonnel. M. Axworthy a surpris les délégués d'une conférence internationale tenue ici en annonçant, samedi dernier, que le Canada organiserait une autre réunion en décembre 1997 afin de conclure une entente interdisant l'utilisation, la production ou l'exportation des mines terrestres. Cette action inattendue représente un défi direct lancé aux États-unis et à plusieurs autres pays qui refusent d'appuyer un échéancier. M. Karl Inderfurth, chef adjoint de la délégation américaine, a déclaré immédiatement après l'annonce de M. Axworthy que les États-unis ne sont pas à même de fixer un délai pour l'interdiction des mines. M. Axworthy a dit avoir décidé de présenter unilatéralement un échéancier pour une interdiction globale lorsqu'il est devenu évident que l'enthousiasme en faveur d'une telle mesure s'effriterait si la conférence d'Ottawa se terminait sans l'adoption d'une date cible. Un traité signé l'année prochaine entrerait en vigueur en l'an 2000. «Si vous ne vous donnez pas des points de repère, vous ne faites pas de progrès», a-t-il précisé aux journalistes. «Vous pouvez toujours vous cacher derrière des règlements et des débats.» Il s'est attiré les louanges des militants de la cause anti-mines et ceux de bon nombre de délégués, en particulier ceux qui représentent les organismes non gouvernementaux qui lui ont donné une ovation debout et l'ont félicité pour son leadership. «Vous avez eu le courage de demander qu'on prenne position», a déclaré Jody Williams, coordonnatrice de la Campagne internationale d'interdiction des mines terrestres. «Cela représente un pas de géant pour l'humanité», a renchéri Chris Moon qui, il y a 18 mois, a perdu sa main droite et une partie de sa jambe droite alors qu'il récupérait des mines pour le compte d'un organisme humanitaire britannique en Mozambique. Mais ce ne sont pas tous les pays qui étaient prêts à relever le défi lancé par le Canada. Cinquante pays ont assisté à la réunion d'Ottawa convoquée par le Canada lorsqu'il est devenu clair, au printemps, que les institutions traditionnelles des Nations Unies ne réagissaient pas rapidement au lobbying acharné de la part des groupes non gouvernementaux anti-mines qui ont fait leur apparition dans 36 pays au cours des cinq dernières années. Plus de 100 millions de mines terrestres plantées lors des divers conflits restent en terre dans 64 pays et plus de deux millions viennent s'y ajouter chaque année. Quelque 500 personnes par semaine - surtout des civils -- sont tuées ou estropiées par des mines. Tous les pays participant à la conférence devaient entériner l'objectif ultime d'une interdiction globale des mines antipersonnel. La Russie, qui a utilisé des mines en Tchétchénie, a assisté à titre d'observateur, alors que la Chine, l'Iraq, et Israël n'y ont pas participé. De nombreux pays n'auraient pas envoyé de déléguation à Ottawa s'ils avaient soupçonné que la déclaration finale comprendrait un échéancier pour l'adoption d'une interdiction globale. Les États-Unis, en particulier, appuient l'idée d'une interdiction et déposeront une résolution dans ce sens devant les Nations Unies le mois prochain, mais ils résistent encore à la mise en oeuvre d'un échéancier. Par ailleurs, Bill Clinton a maintenu le droit de la force militaire américaine de déployer des mines dans la péninsule coréenne jusqu'à ce qu'elle soit convaincue qu'il existe des méthodes de rechange efficaces ou que le conflit armé entre la Corée du Nord et la Corée du Sud se soit calmé. M. Inderfurth a précisé qu'on n'avait pas prévenu les États-Unis du geste qu'allait poser le Canada. Toujours est-il que dans les meilleures traditions de la diplomatie, il n'a pas laissé entendre que le Canada cherchait, par cette décision, à redorer son blason. «Certes, nous tous qui participons à cette conférence avons de fortes opinions sur la question et nous allons certainement étudier cette initiative du ministre Axworthy», a-t-il dit. «Nous voulons commencer ces négociations tout de suite, ce qui n'est pas en contradiction avec notre idée du temps que prendra leur conclusion». Il a affirmé, cependant, que «décembre 1997 peut être quelque peu optimiste». De concert avec des hauts responsables du ministère des Affaires étrangères qui prétendaient qu'il existait une «masse critique» de pays qui appuieraient la proposition du Canada, M. Axworthy a choisi une date cible lors d'une réunion tenue vendredi soir. «Ce qui est devenu clair lors de la conférence c'est que bon nombre de participants éprouvaient une certaine impatience face à la lenteur des démarches», a précisé Ralph Lysyshyn, diplomate canadien et président de la réunion. Dans son discours qui a clôturé la conférence, M. Axworthy est allé au-delà des généralités du champ d'action entériné par les autres diplomates. Il a dit se trouver dans l'obligation d'agir, sinon on aurait quitté Ottawa avec l'impression de n'avoir rien accompli. «Le grand défi des gouvernements ici réunis est de donner suite à nos belles paroles», a-t-il dit aux délégués. «Le choix est on ne peut plus clair-: nous pouvons enlever 100 millions de mines, un bras et une jambe à la fois, ou bien nous pouvons passer à l'action». Le Canada lancera une pleine campagne publicitaire afin de persuader d'autres pays d'envoyer leurs ministres des affaires étrangères à Ottawa dans 14 mois. Une réunion de suivi intérimaire est prévue pour juin prochain en Belgique. Une ébauche de traité élaborée par l'Autriche fournirait les paramètres de l'interdiction et M. Axworthy a promis que le Canada traiterait avec toute nation qui désire participer. Selon lui, il était trop tôt pour se pencher sur la question de savoir si un traité permettrait aux États-Unis de déployer des mines terrestres dans la zone démilitarisée de Corée. |
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