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Une arme de guerre ou  
un outil de terrorisme? 

Depuis la Deuxième Guerre Mondiale, les mines terrestres antipersonnel sont devenues une réalité incontournable de la guerre. Contrairement aux armes conventionnelles, les mines terrestres n'explosent pas à la suite d'un impact ou d'un choc, mais demeurent dans le sol jusqu'à ce que quelqu'un provoque la détonation en marchant dessus. Un poids de cinq kilogrammes suffit pour les faire exploser. Les mines terrestres sont aussi dangereuses pour un soldat que pour un paysan au travail ou un enfant en train de jouer. La fin d'une guerre ne réduit en rien les risques reliés aux mines terrestres -- une fois qu'elles sont en terre, elles restent une menace jusqu'à ce qu'elles soient enlevées, à moins qu'elles n'explosent accidentellement. Selon les Nations Unies, les mines terrestres ont au moins dix fois plus de chances de tuer ou de blesser un civil après un conflit que de blesser un soldat pendant les hostilités. 

Bien que la guerre soit terminée depuis des mois -ou des années-  au Cambodge, en Angola et en Bosnie, des civils continuent d'être tués et blessés quotidiennement dans ces pays. Même des mines installées en Libye et en Europe il y a plus de cinquante ans explosent encore aujourd'hui. L'intensité des combats a récemment diminué en Afghanistan, mais cette accalmie a fait augmenter le nombre de victimes des mines terrestres, étant donné que les gens se déplacent maintenant davantage. 

Les explosions de mines terrestres tuent 800 personnes et en blessent 1 200 autres chaque mois un peu partout à travers le monde. Les gens très pauvres sont les plus vulnérables : des hommes, des femmes et des enfants qui, même s'ils sont conscients de la présence des mines, doivent malgré tout se rendre travailler et aller chercher de la nourriture ou du bois. Ces personnes risquent leur vie chaque fois en se déplaçant dans d'anciens champs de bataille. 

Les mines terrestres antipersonnel sont conçues pour rendre les victimes infirmes et non pour les tuer. Voici par exemple le genre de blessures qu'elles causent : 

  • perte de membres 
  • lacérations graves 
  • infections secondaires dues à la saleté, aux morceaux de plastique, de métal ou de tissus qui pénètrent dans le corps à la suite de la déflagration. 
Parce que les explosions de mines terrestres se produisent la plupart du temps en milieu rural et dans les pays en voie de développement, les victimes sont souvent loin des endroits où elles peuvent recevoir des soins médicaux. Les ressources dont elles peuvent bénéficier sont rares. Le Comité international de la Croix-Rouge estime qu'il  en coûte approximativement 4 000 $ pour traiter un patient victime de l'explosion d'une mine terrestre, incluant le séjour à l'hôpital et l'ajustement d'une prothèse (membre artificiel). Bien qu'il existe plusieurs organismes mis sur pied pour venir en aide aux victimes, peu de gens reçoivent les traitements dont ils ont besoin. 

La grande quantité de personnes qui survivent à l'explosion de mines terrestres a pour effet d'entraîner des coûts sociaux très élevés dans certains pays. Un survivant blessé qui se déplace en béquilles ne peut plus travailler et a souvent besoin des soins d'un parent, ce qui réduit encore plus les revenus de la famille. 

Les victimes ne sont pas les seules à subir les méfaits des mines terretres.  Comme des milliers d'hectares de terrain sont minés, les agriculteurs doivent cesser leurs activités, les circuits de transport et les lignes de communication sont coupés et des millions de personnes sont forcées d'abandonner leurs domiciles et leurs occupations, ce qui crée parfois un véritable chaos politique, économique et social. 

Le problème est gigantesque : actuellement, on estime qu'il y a plus de 100 millions de mines terrestres installées dans au moins 64 pays et que deux millions de plus sont installées chaque année. De plus, dix millions de nouvelles mines sont fabriquées annuellement, s'ajoutant aux 120 millions déjà existantes. 

Ces statistiques impressionnantes sont dues en grande partie à des raisons économiques : il en coûte environ entre 3 $ et 30 $ pour fabriquer une mine terrestre, et jusqu'à 1 000 $ pour la désamorcer. À la vitesse à laquelle les forces armées des Nations Unies les déterrent actuellement (soit environ 85 000 par an), il faudrait plus de 1 100 ans pour enlever les mines déjà installées et il en coûterait 33 milliards de dollars. 

Points chauds de la planète en ce qui concerne les mines terrestres 

Pays 
Nombres de mines installées par mille carré Nombre approximatif de mines terrestres
Bosnie & Herzegovine
152 
3 000 000 
Cambodge
143 
10 000 000 
Croatie
137 
3 000 000 
Egypte
60 
23 000 000 
Iraq
59 
10 000 000 
Afghanistan
40 
10 000 000 
Angola
31 
15 000 000 
Iran
25 
16 000 000 
Rwanda
25 
250 000 
Source-: D™partement des affaires humanitaires, Nations Unies.

De nos jours, plusieurs pays continuent de fabriquer et d'exporter des mines terrestres: 

Argentine - Biélorussie - Bosnie-Herzégovine - Brésil - Bulgarie - Myanmar - Chili* - Chine - Cuba - République tchèque - Égypte - Finlande - Grèce - Hongrie* - Inde - Iran - Iraq - Israël - Italie* - Japon - Corée du Nord - 
Corée du Sud - Pakistan - Pérou - Pologne* - Portugal - Roumanie - Russie - Serbie - Singapour - Espagne - Taïwan - Turkie - Ukraine - Royaume-Uni* - É.-U. - Vietnam 

* indique que la production actuelle est nulle 

Quand nous pensons à la guerre, nous ne pensons pas, de façon générale, à des règles; il existe pourtant une loi humanitaire internationale que tous les États doivent respecter et qui comprend, entre autres choses, les deux règles de base suivantes (tirées du Protocole I, ajouté à la Convention de Genève, en 1977): 
1. Les parties impliquées dans un conflit doivent toujours faire la distinction entre les militaires et les civils. Ces derniers ne doivent pas faire l'objet d'attaques directes; en outre, toute offensive sans distinction et tout usage inconditionnel d'armes sont interdits. 

2. Il est interdit d'utiliser des armes qui causent des souffrances inutiles. Par conséquent, l'utilisation d'armes dont les effets destructeurs ne correspondent pas au but militaire dans lequel elles ont été créées est interdite. 

Depuis 1977, plusieurs autres traités internationaux régissant l'utilisation des mines terrestres ont été signés ( Le Protocole sur les mines terrestres ou Protocole II de la Convention des Nations Unies sur la prohibition ou la restriction de l'utilisation de certaines armes conventionnelles dont les effets destructeurs peuvent être jugés excessifs ou qui peuvent frapper sans distinction). 

De toute évidence, ni la loi humanitaire internationale ni le Protocole sur les mines terrestres n'ont réussi à réduire l'utilisation de ces engins destructeurs ou à protéger les civils. 

 

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