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Quand les habitants du village de Mina Canaria sont arrivés à Lima, Marie-Claire Nadeau travaillait comme organisatrice communautaire bénévole pour le Service universitaire canadien outre-mer. Marie-Claire et Consuelo Garcia, une de ses amies qui travaille pour l'alphabétisation au Pérou, ont rencontré les femmes qui avaient pris part à la «marche du sacrifice» dans leur village de fortune. Ensemble, elles ont créé le groupe Filomena Tomaira Pacsi. 
 
Les principaux objectifs du groupe étaient : 
 

1. d'appuyer les femmes dans leurs efforts pour attirer l'attention des autorités gouvernementales.

2. d'improviser une école sur le terrain de soccer pour les 800 enfants du village .

Le nom du groupe a été choisi en souvenir de Filomena, une jeune femme de 19 ans morte sur une route des suites de son accouchement pendant la marche. Les villageois sont alors restés 15 longs mois avant de retourner dans leur village. 

La manifestation des femmes et de leurs familles ont fait couler beaucoup d'encre à Lima. Les femmes ont voulu se faire entendre pour protester contre les conditions insalubres du camp et le manque d'aliments frais. 

Pendant ce temps, Marie-Claire Nadeau et d'autres personnes engagées ont enseigné à l'école de fortune construite par les parents sur le terrain de soccer. Les étudiants universitaires et les groupes d'alphabétisation de la région leur ont aussi prêté main forte. Une subvention de l'ambassade canadienne a permis d'achever la construction et de fournir du lait et du pain pour les enfants. Les femmes du groupe Filomena vendaient des légumes dans les rues de Lima et plaçaient leurs revenus dans un fonds commun. 

Finalement, les efforts des villageois ont porté fruit. Le gouvernement a ordonné à la compagnie de rouvrir la mine et de fournir un approvisionnement adéquat en eau et en électricité aux habitants du camp minier. Bien que les besoins d'électricité de la mine demeure la priorité et qu'il y ait toujours de fréquentes interruptions de service, la situation s'est beaucoup améliorée 

Dans les années qui suivirent, le gouvernement s'est montré plus sensible à l'opinion publique et a essayé d'améliorer les conditions de vie dans les régions minières. Cependant, les pays qui à qui le Pérou avait emprunté des fonds a aussi exercé de la pression sur le gouvernement pour qu'il diminue ses dépenses. Les programmes de santé ont été particulièrement touchés. 
 
Les changements dans le village ont été apportés surtout grâce aux efforts du groupe Filomena, qui est retourné à Mina Canaria avec le sentiment d'avoir été utile. On a mis sur pied des cours d'hygiène et d'alphabétisation. On a élaboré un manuel sur la façon de former et de gérer des groupes de femmes. Dans ces groupes, les décisions se prennent par consensus. Consuelo Garcia, Marie-Claire Nadeau et d'autres habitants de Lima ont aidé à trouver les fonds nécessaires pour financer la formation et les projets spéciaux. Le groupe Filomena a aussi formé et organisé les «médecins à pied» -- des femmes qui fournissent des soins de santé primaires à des communautés reculées. Pour obtenir des renseignements sur les soins de santé primaires, voir le profil sur la pionnière Susan Beaton. Plusieurs de ces projets étaient financés par des Canadiens par le biais de l'organisme non gouvernemental SUCO. 

Le «phénomène Filomena» est rapidement devenu très populaire; plusieurs femmes dans d'autres villages ont commencé à former des groupes. On a même commencé à publier un bulletin de nouvelles en Quechua. On a aussi commencé à diffuser une émission radio qui portent sur des questions qui intéressent les habitants des villages miniers. 

Le gouvernement a également construit de nouvelles écoles et amélioré la qulité des routes, ce qui permet d'acheminer plus facilement les fruits et les légumes vers le camp. 

On a continué à organiser des manifestations pour faire valoir les droits des travailleurs miniers et de leurs familles. Le 13 février 1989, Consuelo Garcia a pris part à une marche de solidarité avec, à ses côtés, Saul Cantoral, secrétaire général de la Fédération minière. Les deux ont été assassinés par des membres du groupe de la guérilla Sentier lumineux parce qu'ils auraient refusé d'appuyer leur cause. 

Marie-Claire Nadeau a perdu une collègue, et surtout, une amie. Toutefois, le groupe Filomena poursuit son oeuvre. En 1996, un nouveau dispensaire -- baptisé en l'honneur de Consuelo Garcia -- ouvre ses portes. La clinique offre des services de soutien aux femmes qui sont sur le point d'accoucher et des services de prévention des maladies dans les villages. 

Marie-Claire résume la situation en disant que «On peut se développer quand on cesse d'avoir peur... Le développement a besoin de paix, de démocratie. Et au bout du compte, c'est l'organisation qui fait la libération.» 

Même si son poste au SUCO a pris fin en 1987, Marie-Claire Nadeau continue de maintenir des liens étroits avec le groupe. Grâce à l'expérience qu'elle a acquise au Pérou, elle a pu aider à fonder une coopérative de prêt pour les femmes qui a, en 1997, fourni un financement à 20 micro-entreprises gérées par 15 femmes. 

En 1991 et 1996, SUCO a invité trois femmes du groupe Filomena à venir visiter plusieurs régions du Québec, y compris celle d'Asbestos, et à prendre part à une conférence sur le développement économique des femmes. 

Marie-Claire Nadeau a toujours voulu aider à sa façon. Née à Montréal en 1945, elle a enseigné pendant plusieurs années avant d'obtenir un baccalauréat en éducation des adultes de l'Université du Québec à Montréal.

De 1965 à 1975, elle a travaillé comme organisatrice communautaire pour le mouvement Jeunesse ouvrière catholique. 

«La création de groupes qui se penchent sur les divers problèmes auxquels les jeunes travailleurs font face m'a amenée à me familiariser avec chaque région du Québec», a déclaré Mme Nadeau. Elle a aussi été inspirée après avoir participé, en 1969, à une conférence internationale qui a eu lieu au Liban et qui réunissait des délégués provenant de plus de 50 pays. «Cela m'a ouvert les yeux sur les problèmes des jeunes dans les pays en voie de développement.» 

De 1975 à 1982, Marie-Claire Nadeau a aidé à créer une garderie populaire dans un quartier de classe ouvrière de la ville de Québec. Le succès de cette initiative a mené les autorités de la province à réviser les lois provinciales sur les services de garde. 

Le travail qu'a accompli Marie-Claire avec le groupe Filomena au Pérou l'a bien préparé au poste qu'elle occupe actuellement, soit celui de responsable des projets de formation pour le RESO (Regroupement pour la relance économique et sociale du Sud-Ouest de Montréal). Cet organisme à but non lucratif s'est donné comme mission d'améliorer les conditions socio-économiques du Sud-Ouest de Montréal, une région où environ 30 % des personnes ne peuvent pas trouver du travail. Le RESO collabore avec les entreprises pour offrir des programmes de formation et d'autres formes d'aide pour supporter ceux qui sont au chomâge à décrocher un emploi. L'organisme appuie également des organismes communautaires locaux. 
 
 
 

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